History of the Peloponnesian War

Thucydides

Thucydides. Histoire de la Guerre du Péloponnése, Vol. 1-2. Zévort, Marie Charles, translator. Paris: Charpentier, 1852.

XLVII. Les Corcyréens, à la nouvelle que cette flotte approchait, équipèrent cent dix navires, commandés par Miciadès, oesimidès et Eurybatos, et campèrent dans une des îles nommées Sybota[*](En face de la pointe sud de Corcyre et du promontoire de Leucimne. Aujourd’hui Santo Nicolo di Sivota.). Les dix vaisseaux athéniens s’y trouvaient avec eux : sur le promontoire de Leucimne[*](Aujourd’hui Capo Bianco.) campait leur infanterie avec mille ho- plites auxiliaires de Zacynthe. Les Corinthiens avaient aussi sur le continent un grand nombre de barbares auxiliaires ; car les habitants de cette partie de la terre ferme ont de tout temps été leurs amis.

XLVIII. Les préparatifs terminés, les Corinthiens firent voile la nuit, de Chimérium, avec trois jours de vivres, pour aller offrir le combat. Ils naviguaient, au point du jour, lorsqu’ils distinguèrent en pleine mer la flotte corcyréenne qui venait à leur rencontre. Dès qu’on se fut aperçu de part et d’autre, on se mit en ordre de bataille. A l’ile droite des Corcyréens étaient les vaisseaux d’Athènes ; le reste de la ligne était occupé par les Corcyréens formés en trois divisions, cha- cune sous le commandement d’un des généraux. Telles étaient les dispositions des Corcyréens : les

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Corinthiens placèrent à leur aile droite les vaisseaux de Mégare et d’Arabracie, au milieu les autres alliés, chacun à part ; eux-mêmes formaient, avec les navires d’une marche supérieure, l’aile gauche, opposée aux Athéniens et à la droite des Corcyréens.

XLIX. Les signaux levés[*](Afin de faire connaître les ordres des chefs au milieu de la mêlée, on arborait un signal, comme on arbore aujourd’hui le pavillon, et on l’abaissait pour faire cesser le combat. On verra plus loin, par quelques passages de Thucydide, que les anciens savaient aussi, au moyen de feux élevés ou abaissés, signaler l’arrivée, le départ de l’ennemi, et même le nombre des vaisseaux.) de part et d’autre, on s’aborda et l’action commença. Des deux côtés les ponts des navires étaient couverts d’une foule d’hoplites, d’archers et de gens de trait : les dispositions, conformes à l’ancien usage, étaient d’ailleurs fort imparfaites ; la lutte était vive, mais l’art y faisait défaut ; c’était plutôt un combat de terre qu’une bataille navale : car une fois qu’on s’était abordé il était difficile de se séparer, à cause du nombre et de la confusion des vaisseaux. On comptait surtout, pour la victoire, sur les hoplites qui couvraient les ponts et combattaient de pied ferme, pendant que les bâtiments étaient au repos. Il n’y avait pas d’évolutions[*](Δι έκπλοι, évolution qui consistait, suivant le scoliaste, à fondre sur l’ennemi, puis à revenir en arrière pour attaquer encore,) ; on se battait avec plus de force et de courage que de science ; aussi ce n’était partout que trouble et confusion. Au milieu de ce désordre les Athéniens se portaient au secours des Corcyréens là où ils fléchissaient, et con- tenaient leurs adversaires par la crainte ; mais les généraux n’osaient pas attaquer, retenus par les instructions des Athéniens. L’aile droite des Corinthiens

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souffrit extrêmement : les Corcyréens, avec vingt bâ- timents, les mirent en fuite, les dispersèrent, les poussèrent à la côte, et, les poursuivant jusqu’à leur camp, firent une descente, incendièrent les tentes abandonnées et pillèrent le trésor. Sur ce point les Corinthiens et leurs alliés eurent le dessous, et l’avantage resta aux Corcyréens. Mais à l’aile gauche où se trouvaient les Corinthiens en personne, ils remportèrent une victoire complète sur les Corcyréens moins nombreux déjà, et affaiblis encore par l’absence des vingt vaisseaux occupés à la poursuite. Les Athéniens, voyant les Corcyréens accablés, commencèrent à les seconder avec moins de réserve. Ils s’étaient jusque-là abstenus de toute attaque ; mais lorsqu’ils virent les Corcyréens ouvertement en déroute et les Corinthiens acharnés à la poursuite, chacun prit part à l’action, et, au milieu de la confusion générale, Corinthiens et Athéniens en furent réduits à la nécessité de se combattre.

L. Lorsque la déroute fut complète, les Corinthiens ne s’arrêtèrent pas à remorquer les coques des bâtiments[*]( L’usage était de remorquer les coques des bâtiments submergés, qui devenaient des trophées de victoire. Les vainqueurs recueillaient également tous les débris flottant sur la mer ; c’était même par là que l’on constatait la victoire ; car pour recueillir ces débris il fallait être demeuré maître du champ de bataille.) qu’ils avaient submerges ; ils s’attachèrent aux hommes et manoeuvrèrent en tout sens pour les massacrer, bien plus que pour faire des prisonniers. Ignorant la défaite de l’aile droite, ils tuaient, sans le savoir, leurs propres amis ; car les deux flottes étaient si nombreuses et occupaient une telle étendue sur la mer que,

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du moment où elles se furent mêlées, il devint difficile de distinguer les vainqueurs des vaincus ; c’était, pour le nombre des vaisseaux, le combat naval le plus important qui eût été livré jusque-là entre Grecs.

Après avoir poursuivi les Corcyréens jusqu’à terre, les Corinthiens se mirent à recueillir les débris des navires et leurs morts. Ils en recouvrèrent la plus grande partie et les transportèrent à Sybota[*](Au nord-ouest de Parga et en face des îles Sybota.), port désert de la Thesprotide, où campait le corps des barbares auxiliaires. Ce soin rempli, ils se rallièrent et firent voile de nouveau contre les Corcyréens. Ceux-ci, de leur côté, craignant une descente sur leurs côtes, rallièrent les navires en état de tenir la mer, y joignirent tout ce qui leur restait, et, secondés par les vaisseaux athéniens, allèrent à la rencontre des Corinthiens. Il était déjà tard et l’on avait chanté le péan signal de l’attaque, lorsque les Corinthiens reculèrent soudain en ramant sur la poupe[*](De manière à reculer, sans cesser de faire face à l’ennemi.) : ils venaient de découvrir vingt vaisseaux athéniens qui cinglaient vers eux. C’était un secours que les Athéniens avaient envoyé après le départ des dix premiers bâtiments, dans la crainte que les Corcyréens ne fussent vaincus (ce qui arriva) et que ces dix vaisseaux ne fussent insuffisants à les défendre.

LI. Les Corinthiens les aperçurent les premiers et soupçonnèrent que c’étaient des vaisseaux athéniens, en plus grand nombre même qu’il ne paraissait ; c’est ce qui les fit reculer. Les Corcyréens, moins bien placés pour les découvrir, ne les virent pas tout d’abord et

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s’étonnèrent du movement rétrograde des Corinthiens ; mais ensuite quelques-uns des leurs les aperçurent et signalèrent l’approche d’une flotte ; alors ils reculèrent de leur côté ; car il était déjà tard, et les Corinthiens avaient viré de bord et s’éloignaient. Les deux partis se séparèrent ainsi et le combat finit à la nuit.

Les Corcyréens avaient leur camp à Leucimne : les vingt vaisseaux athéniens, commandés par Glaucon, fils de Leagros, et Andocide[*](L’un des dix orateurs athéniens ; il fut plus tard exilé par les Trente.), fils de Leogoras, passant à travers les morts et les débris, y arrivèrent peu de temps après qu’on les eut aperçus. Comme il faisait nuit, les Corcyréens craignirent d’abord que ce ne fussent des ennemis ; mais ils furent ensuite reconnus et abordèrent.

LII. Le lendemain les trente vaisseaux athéniens et ceux de Corcyre qui pouvaient tenir la mer firent voile vers le port de Sybota, ancrage des Corinthiens, pour leur offrir le combat. Les Corinthiens prirent la mer et rangèrent leur flotte au large ; mais ils restèrent immobiles, décidés à ne pas engager l’action s’ils n’y étaient forcés. Outre les craintes que leur inspirait l’arrivée de la division athénienne qui n’avait pas encore donné, ils avaient par devers eux de nombreux embarras : la garde des prisonniers à bord, et l’absence de toute ressource pour réparer leurs vaisseaux sur une plage déserte. Aussi se préoccupaient-ils surtout des moyens de retourner chez eux ; car ils craignaient que les Athéniens, regardant le traité comme rompu à la suite de l’engagement précédent, ne leur fermassent la retraite.

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LIII. I’ls prirent le parti de faire monter quelques hommes sur une barque, et de les envoyer, sans caducée[*](Envoyer un héraut, avec le caducée, c’eût été reconnaître qu’ils étaient en guerre avec les Athéniens. Le caducée consistait en un bâton droit, avec deux serpents enlacés, à partir des extrémités et en regard l’un de l’autre. Le bâton représentait, suivant le scoliaste de Thucydide, la droiture du discours, et les serpents, les deux armées en présence.), sonder les dispositions des Athéniens. Voici le discours que tinrent en leur nom ces envoyés : « Il y a injustice de votre part, Athéniens, à commencer la guerre et à rompre le traité ; nous voulons tirer vengeance de nos ennemis, et vous y mettez obstacle en prenant les armes contre nous. Si votre intention est de nous empêcher de faire voile vers Corinthe, ou vers tout autre point qui nous conviendra, si vous rompez le traité, prenez-nous d’abord et traitez-nous en ennemis. » Ainsi parlèrent les envoyés.

Tous ceux des Corcyréens qui les entendirent s’écrièrent qu’il fallait sur-le-champ les arrêter et les mettre à mort ; mais les Athéniens leur firent cette réponse : « Péloponnésiens, nous n’avons ni commencé la guerre, ni rompu le traité : nous sommes seulement venus au secours des Corcyréens, nos alliés. Si donc vous voulez aller partout ailleurs, nous n’y mettons pas obstacle ; mais si vous attaquez Corcyre ou quelque place de sa dépendance, nous ne le souffrirons pas, autant qu’il dépendra de nous. »

LIV. Sur cette réponse des Athéniens, les Corinthiens se disposèrent à faire voile pour leur pays et élevèrent un trophée à Sybota du continent. Les Corcyréens, de leur côté, recueillirent les débris des vaisseaux

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et leurs morts ; car le courant et le vent qui s’était élevé la nuit les avaient poussés vers eux et dispersés de toutes parts sur le rivage ; ils élevèrent aussi, comme vainqueurs, un trophée dans l’ile de Sybota. Voici, du reste, sur quels fondements les deux partis s’attribuaient la victoire : les Corinthiens, supérieurs dans le combat naval jusqu’à la nuit, avaient pu recueillir la plus grande partie des débris et enlever leurs morts ; ils avaient fait au moins mille prisonniers et coulé environ soixante-dix navires ; ils élevèrent donc un trophée. Les Corcyréens avaient détruit trente vaisseaux ; après l’arrivée des Athéniens ils avaient recueilli les débris des navires et les morts qui étaient de leur côté ; la veille, les Corinthiens avaient rétrogradé devant eux, à la vue des vaisseaux d’Athènes, et, après l’arrivée des Athéniens, ils n’avaient point osé quitter Sybota pour venir à leur rencontre : c’est pourquoi ils éle- vèrent aussi un trophée. Ainsi les deux partis s’attribuaient la victoire.

LV. Les Corinthiens, en retournant chez eux, s’emparèrent par surprise d’Anactorium, ville située à l’entrée du golfe d’Ambracie, et qui leur appartenait en commun avec les Corcyréens ; ils y établirent une co- lonie corinthienne et rentrèrent chez eux. Parmi les captifs corcyréens il se trouvait huit cents esclaves qu’ils vendirent. Il y avait aussi deux cent cinquante Corcyréens, appartenant pour la plupart aux plus riches familles. Ils les retinrent prisonniers et les traitèrent avec beaucoup d’égards, espérant que, rentrés dans leur patrie, ils la rallieraient à la métropole. Corcyre ayant ainsi échappé aux attaques des Corinthiens, les vaisseaux athéniens se retirèrent. Mais ce fut là pour

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les Corinthiens le premier motif de guerre contre Athènes ; ils ne lui pardonnèrent pas de s’être alliée à Corcyre pour les combattre, malgré la foi des traités.

LVI. Bientôt après survinrent entre les Athéniens et les Péloponnésiens les sujets de guerre suivants : les Corinthiens travaillaient à se venger ; les Athéniens, bien convaincus de leur ressentiment, ordonnèrent aux Potidéates, qui habitent l’isthme de Pallène[*](Dans la Chalcidique. L’isthme de Pallène était compris entre le golfe Thermæus (golfe de Salonique) et le golfe Canastræus (golfe de Cassandria). Potidée, située sur l’itshme même, pouvait être isolée du continent et de la presqu’ile de Pallène par une double muraille. Pallène était située au sud de Potidée, sur le golfe Thermæus.) et qui sont leurs alliés tributaires, quoique colons des Corinthiens de démolir la muraille qui regarde Pallène[*](Afin de mettre la ville hors d’état de résister aux flottes athéniennes.), de donner des otages, enfin de chasser les épidémiurges[*](Magistrats envoyés par la métropole pour l’administration de la colonie, analogues aux démarques athéniens.) que leur envoyaient chaque année les Corinthiens, et de n’en plus recevoir désormais. Ils craignaient que les Potidéates ne fissent défection, à l’instigation de Perdiccas et des Corinthiens, et que leur défection n’entraînât celle des alliés de l’Épithrace[*](Thucydide emploie souvent les expressions επί Θρά/./,ς, τα im θ.... pour désigner les peuples et les villes de la Chalcidique. J’ai eu recours au mot Épithrace, pour éviter une périphrase.).

LVII. Ce fut immédiatement après le combat naval de Corcyre que les Athéniens prirent à l’égard des Potidéates ces mesures de précaution ; car l’hostilité des Corinthiens était dès lors évidente ; et, d’un autre côté, Perdiccas, fils d’Alexandre, roi de Macédoine,

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auparavant allié et ami des Athéniens, s’était déclaré leur ennemi. Il y avait été déterminé par l’alliance que les Athéniens avaient contractée avec Philippe, son frère, et avec Derdras, qui lui faisaient la guerre de concert. Comme il n’était pas sans crainte, il envoya des députés à Lacédémone pour déterminer un conflit entre les Athéniens et les Péloponnésiens ; il se concilia les Corinthiens, en vue de la défection de Polidée ; en même temps il fit des propositions aux Chalcidéens et aux Botliéens, qui habitent les confins de la Thrace, pour les entraîner dans le soulèvement ; car il espérait avec l’alliance de ces peuples, qui confinaient à son royaume, lutter avec plus d’avantage contre les Athéniens. Ceuxci, informés de ces démarches, résolurent de prévenir la défection des villes ; comme ils se trouvaient alors envoyer contre Perdiccas trente vaisseaux et mille hoplites, sous les ordres d’Archestrate, fils de Lycomède, et de dix autres généraux, ils prescrivirent aux commandants des vaisseaux de prendre des otages à Potidée, de raser la muraille et de surveiller les villes voi- sines, pour empêcher leur défection.

LVIII. Les Potidéates envoyèrent une députation à Athènes pour obtenir qu’il ne fût rien innové à leur égard. Mais en même temps ils se rendirent à Lacédémone, assistés des Corinthiens, pour s’y ménager des secours en cas de besoin. Voyant qu’après de longues démarches ils n’avaient rencontré à Athènes aucune disposition favorable, et que la flotte dirigée contre les Macédoniens devait aussi agir contre eux, forts d’ailleurs des promesses que leur avaient faites les magis- trats lacédémoniens d’envahir l’Attique, si les Athéniens attaquaient Potidée, ils profitèrent de l’occasion

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et rompirent avec Athènes, de concert avec les Chalcidéens et les Bottiéens auxquels ils s’unirent par un traité. Perdiccas persuada aux Chalcidéens d’aban- donner les places maritimes et de les détruire ; puis de s’établir à Olynthe[*]( Olynthe, située au-dessus de l’isthme de Pallène et au nord de Potidée, prit dès lors une grande importance ; elle maintint, pendant toute la guerre du Péloponnèse, son indépendance contre les Athéniens et les Lacédémoniens, étendit sa domination sur la plus grande partie de la Chalcidique, et ne fut soumise que par Philippe (348).), et de se borner à cette seule ville en la fortifiant. A ceux qui quittaient ainsi leurs foyers il abandonna, pour tout le temps de la guerre contre les Athéniens, une partie de ses domaines en Mygdonie, aux environs du lac Bolbé. Ils rasèrent leurs villes, émigrèrent vers l’intérieur, et se préparèrent à la guerre.

LIX. Cependant les trente vaisseaux athéniens, en arrivant sur les côtes de l’Épithrace, trouvent Potidée et les autres villes en pleine révolte. Les généraux, ne se croyant pas en mesure, avec les forces sous leurs ordres, de combattre à la fois Perdiccas et les villes rebelles, se tournent vers la Macédoine, leur première destination, et là ils s’unissent pour faire la guerre à Philippe et aux frères de Derdras, qui de l’intérieur y avaient pénétré à la tête d’une armée.

LX. Sur ces entrefaites, les Corinthiens, instruits de la défection de Potidée et de la présence des vaisseaux athéniens sur les côtes de la Macédoine, conçurent des craintes pour cette ville. Préoccupés de ses dangers comme s’ils leur étaient personnels, ils y envoyèrent seize cents hoplites et quatre cents hommes de troupes

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légères, soit volontaires de Corinthe, soit mercenaires levés dans le reste du Péloponnèse. A leur tête était Aristée, fils d’Adimantos ; la plupart des volontaires corinthiens l’avaient suivi surtout par affection pour sa personne, et lui-même avait été choisi à cause de l’amitié toute particulière qu’il avait toujours eue pour les Potidéates. Ils arrivèrent dans le pays quarante jours après la défection de Potidée.

LXI. Les Athéniens ne tardèrent pas, de leur côté, à apprendre le soulèvement des villes. A la première nouvelle, et sur l’avis que les troupes commandées par Aristée étaient dans ces parages, ils envoyèrent contre les révoltés deux mille hoplites d’Athènes et quarante vaisseaux sous les ordres de Callias, fils de Calliadès, avec quatre collègues. Arrivés en Macédoine, ils trouvent le premier corps de mille hommes déjà mairie de Thermé et assiégeant Pydna. Ils placent eux-mêmes leur camp devant Pydna et continuent le siége. Mais ensuite, préoccupés de Potidée et de la présence d’Aristée, ils se voient forcés de conclure un accord avec Perdiccas et évacuent la Macédoine. Ils se dirigent alors vers Béræé[*](En quittant Pydna, ils devaient, pour se rendre par terre à Potidée, faire le tour du golfe Thermaïque en longeant la côte et laisser Beræé sur la gauche. C’est pour cela que Thucydide dit ensuite χάχεΐθεν ίπιστρε'ψχντες ; après avoir trop incliné à l’ouest, ils reprennent leur route à l’est. La construction de cette phrase a fort embarrassé les traducteurs. Il suffit, pour lever toutes les difficultés, de remarquer que les mots πειράσχντες πρώτον του X.... doivent logiquement précéder κάχενΟεν ιπιστρέψχντες ; le mot πρώτον l’indique assez.) ; mais, après avoir tenté inutilement une surprise contre cette ville, ils reviennent sur leurs pas et se rendent par terre à Potidée. Ils étaient

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trois mille hoplites athéniens, sans compter un grand nombre d’alliés et six cents cavaliers macédoniens sous la conduite de Philippe et de Pausanias. Soixante-dix vaisseaux longeaient en même temps la côte. Marchant à petites journées, ils arrivèrent le troisième jour à Gigone et y campèrent.

LXII. Les Potidéates et les Péloponnesiens d’Aristée campaient, en attendant les Athéniens, sur l’isthme, en face d’Olynthe ; ils tinrent hors de la ville une assemblée où les alliés choisirent Aristée pour commander l’infanterie, et Perdiccas pour la cavalerie ; ce prince, détaché encore une fois des Athéniens, avait confié le gouvernement de son royanme à lolaüs et marchait avec les Potidéates. Le dessein d’Aristée était de rester campé sur l’isthme, afin d’observer les Athé- niens, s’ils avançaient, tandis que les Chalcidéens avec les alliés du continent et les deux cents chevaux de Perdiccas resteraient à Olynthe[*](Les Athéniens, suivant la côte, devaient laisser Olynthe un peu sur la gauche, au moment où ils s’engageraient dans la partie étroite de l’isthme.). Ces derniers devaient, au moment où les Athéniens attaqueraient Aristée, fondre sur eux par derrière et les prendre entre les deux armées. Le général athénien Callias et ses collègues envoyèrent, de leur côté, devant Olynthe les cavaliers macédoniens[*](Ceux de Philippe et de Pausanias.) et quelques-uns des alliés, pour empêcher qu’aucun secours ne pût venir de là à l’autre corps. Puis ils levèrent le camp et s’avancèrent vers Polidée. Arrivés à l’isthme et voyant les ennemis se préparer au combat, ils se mirent aussi en bataille ; peu après l’engagement commença. L’aile que

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commandait Aristée, composée de troupes d’élite, corin- thiennes et autres, mit en déroute ce qui se trouvait devant elle et poussa fort loin la poursuite. Mais le reste de l’armée des Polidéates et des Péloponnésiens fut vaincu par les Athéniens et se réfugia dans la place.

LXIII. Aristée, à son retour de la poursuite, voyant le reste de l’armée en déroute, hésita d’abord s’il tenterait une retraite sur Olynthe, ou sur Potidée ; il se décida cependant à masser autant que possible ses soldats, pour pénétrer de force et à la course dans Potide ; il y entra avec peine et sous une grêle de traits en suivant le bord de la mer le long des jetées ; cependant il ne perdit que quelques hommes, et sauva le plus grand nombre.

Les auxiliaires que les Potidéates attendaient d’Olynthe (place éloignée seulement de soixante stades[*](Environ onze kilomètres.) et parfaitement en vue) firent au commencement du combat, lors de la levée des signaux, un léger mouvement en avant pour leur prêter secours. Mais les cavaliers macédoniens rangés en bataille leur avaient barré le passage ; comme d’ailleurs la victoire s’était promptement décidée pour les Athéniens, et que les signaux avaient été baissés, ils rentrèrent dans la place. Les Macédoniens rejoignirent également les Athéniens et la cavalerie ne donna ni d’un côté ni de l’autre[*](C’est à ce combat que Socrate remporta le prix de la valeur pour avoir sauvé Alcibiade.).

Après le combat les Athéniens élevèrent un trophée et par convention rendirent aux Polidéates leurs morts. Les Potidéates et leurs alliés avaient perdu un

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peu moins de trois cents hommes, les Athéniens cent cinquante et Callias leur général.

LXIV. Aussitôt les Athéniens entourèrent d'une contre-enceinte la muraille qui regarde l’isthme[*](En assiégeant cette muraille les Athéniens isolaient les Potidéates de tous leurs alliés du continent et en particulier d’Olynthe ; la circonvallation du côté de la presqu’ile avait moins d’importance.) ; mais celle du côté de Pallène resta libre et sans contre-mur ; car ils ne se croyaient pas en mesure de garder l’isthme et de passer en même temps du côté de Pallène pour y établir leurs lignes ; ils craignaient, une fois partagés, d’être attaqués par les Potidéates et leurs alliés. Lors- qu’on apprit à Athènes que du côté de Pallène il n’y avait pas de circonvallation, on envoya plus tard seize cents hoplites sous les ordres de Phormion, fils d’Asopius. Phormion arriva à Pallène, et, partant d’Aphytis[*](Petite ville à l’est de Pallène.), il s’avança lentement vers Potidée tout en ravageant le pays. Personne n’étant sorti pour le combattre, il éleva la contre-enceinte du côté de Pallène, et, de cette façon, Potidée se trouva investie et serrée des deux côtés, en même temps que les vaisseaux la bloquaient par mer.

LXV. La place complétement investie, Aristée, ne conservant plus aucun espoir, à moins de secours de la part du Péloponnèse ou de quelque autre événement inattendu, ouvrit l’avis qu’à l’exception de cinq cents hommes, tous les habitants quittassent la ville par le premier vent favorable, afin de ménager les vivres. Quant à lui, il demandait à être de ceux qui resteraient. N’ayant pu faire prévaloir son avis et voulant

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prendre d’ailleurs toutes les dispositions nécessaires afin de mettre les affaires du dehors dans le meilleur état possible, il trompa la surveillance des Athéniens et mit à la voile. Il s’arrêta chez les Chalcidéens, avec lesquels il fit diverses expéditions ; entre autres il dressa une embuscade près de la ville des Sermiliens, et en tua un grand nombre. Il agissait en même temps auprès des Péloponnésiens pour en obtenir des secours. Phormion, de son côté, après l’investissement de Potidée, prit avec lui les seize cents hoplites, ravagea la Chalcidique et la Bottique[*](La Bottique, dont il est ici question, ne doit pas être confondue avec la Bottiée, qui occupait le nord-ouest du golfe Thermaïque, et avait pour capitale Pella. Les Bottiéens, chassés par les Macédoniens, s’étaient établis à l’ouest du même golfe, sur les confins de la Chalcidique, au nord, et s’étaient répandus de là jusqu’à la Thrace ; c’est cette contrée que Thucydide désigne sous le nom de Bottique.), et prit quelques petites places[*](Ce soin paraissait plutôt revenir aux troupes qui assiégeaient Potidée du côté du continent ; mais le scoliaste de Thucydide fait remarquer avec raison que de ce côté les Athéniens étaient entourés de populations hostiles, tandis que la presqu’ile était sous leur dépendance, ce qui leur permettait de laisser peu de troupes à la garde de la muraille.).

LXVI. Tels étaient les griefs réciproques des Athéniens et des Péloponnésiens : les Corinthiens reprochaient aux Athéniens de tenir Potidée, leur colonie, assiégée avec les Corinthiens et les Péloponnésiens qui y étaient enfermés. Les Athéniens accusaient les Péloponnésiens d’avoir fait révolter une ville leur alliée et leur tributaire, et d’être venus ouvertement se joindre aux Potidéates pour les combattre. Cependant la guerre n’était pas encore déclarée et le traité

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subsistait toujours ; car en tout cela les Corinthiens avaient agi seuls.